Sergio Birga: une peinture à cinq dimensions. Auteur: Dominique Thiébaut Lemaire

Après une exposition rétrospective, couvrant près de cinquante ans de création, qui a eu lieu en 2007 à la Villa Tamaris (La Seyne-sur-Mer), le peintre et graveur Sergio Birga a exposé dans la même région à la fin de 2011 de nouvelles œuvres sous le titre « Portraits de villes » à la Maison du Cygne, centre d’art de Six-Fours.

Sergio Birga a peint au cours des années Dresde, Florence, Jérusalem, Londres (le métro), Nice, Oslo, Paris, Prague, Rome, Stockholm, Venise…

Le tableau de 2011 choisi comme « emblème » de cette exposition représente une rue de Rome (via del Cardello: la rue du chardonneret) au bout de laquelle on aperçoit le Colisée et un personnage rapetissé par la distance, qui n’est autre que le peintre lui-même, en uniforme bleu, au temps de son service militaire dans l’aviation :

En commentaire de ce tableau et des autres œuvres exposées (dont l’une montre la maîtrise du peintre dans l’autoportrait), on évoquera ici plus particulièrement un aspect important de l’artiste, dont l’œuvre pose la question des dimensions de la peinture.

Comment faire apparaître -ou même créer- de l’espace à partir de la surface du tableau? Telle a été l’une des questions majeures résolues par les peintres italiens de la Renaissance, dans la lignée desquels se place Sergio Birga qui signe souvent « pictor florentinus ».

A la troisième dimension qui est celle de la perspective, Sergio Birga ajoute deux dimensions supplémentaires : celle du temps, et celle d’un au-delà de l’espace et du temps.

Les trois dimensions de l’espace

La perspective linéaire, découverte empiriquement à l’époque de la Renaissance, notamment à Florence, a été mathématisée sous la forme d’une belle géométrie dite « projective » où les parallèles se rejoignent, développée par Desargues et Pascal au 17ème siècle, puis par Monge et Poncelet.

Elle n’exclut pas une autre perspective, aérienne ou atmosphérique, qui consiste à marquer la profondeur de plans successifs par le dégradé des couleurs allant du proche plus sombre au lointain plus clair ; par la différence de netteté entre le premier plan et les suivants ; par la diminution des contrastes avec l’éloignement.

La perspective est généralement associée à la figuration, bien qu’il s’agisse d’un usage de la géométrie et des couleurs qui, en tant que tel, peut être non figuratif.

A la fin du 19ème siècle, les peintres ont voulu s’en détacher.
Certains, comme Picasso, ont essayé de donner l’impression du volume en fusionnant sur la toile des représentations d’un même sujet sous des angles différents.
Les « Fauves » et leurs continuateurs ont fait primer la couleur sur la représentation de l’espace. Ils ont eu une grande influence sur les Expressionnistes allemands (voir l’article d’Annie Birga sur l’expressionnisme).

Les Expressionnistes ont eux-mêmes fortement influencé Sergio Birga dans sa jeunesse.
Celui-ci a écrit à D.T. Lemaire: « Pratiquant l’expressionnisme, j’ai abandonné la perspective aérienne (lointains plus clairs) mais non la linéaire, je l’ai plutôt dilatée (comme Munch) ». Cette dilatation donne un effet analogue au grand angle de la photographie.

Sergio Birga est ensuite revenu à des conceptions plus classiques. Il considère comme un aspect majeur de sa peinture la recherche de la perspective, qu’il utilise sans rigidité, en l’animant d’un léger « mouvement qui déplace les lignes ».

Outre la représentation de la troisième dimension à partir de leur surface, ses tableaux affirment leur présence matérielle d’objets dans l’espace: grands formats, épaisseur du cadre et de la toile, de la pâte et du vernis, technique du glacis en plusieurs couches, donnant de la profondeur non seulement à l’image, mais à la matière de l’image…

La dimension du temps

Les œuvres de Sergio Birga sont remarquables aussi par leur dimension temporelle.

Dans nombre de cas, c’est la représentation de ruines et de monuments anciens qui permet cet effet, avec parfois des reconstructions qui remontent le temps, comme dans un tableau de 2011 la réédification, achevée en 2005, de la Frauenkirche de Dresde détruite à la fin de la seconde guerre mondiale.

Même quand les architectures ne sont pas celles de monuments anciens, elles montrent l’écaille, la lézarde, l’ébréchure, la cassure, qui témoignent d’une déshérence intime, sans parler de l’état d’abandon illustré par les plantes qui poussent sur les murs.

La dimension temporelle ne s’affirme pas moins dans les représentations des bâtiments de l’ère industrielle, relativement récents mais déjà voués à la démolition : pavillons Baltard des Halles, usines Renault de Billancourt, immeubles du Paris populaire… Ce genre de tableaux est né de l’indignation du peintre s’insurgeant contre le vandalisme moderniste. Il semble prendre aujourd’hui un sens plus large comme protestation contre les ravages de l’histoire et du temps.

Dans une réminiscence rendant plus sensible encore le passage des années, le peintre reprend parfois un sujet déjà traité, en y introduisant des changements dans l’espace qui sont des signes de changements dans le temps. Ainsi, il a dessiné en 1962 la via del Cardello, en se représentant en militaire au premier plan, et il a traité à nouveau ce sujet dans un tableau des années 1980. C’est la même rue qu’il a revisitée dans son tableau de 2011 (reproduit plus haut), où lui-même, en uniforme bleu d’aviateur, s’est éloigné dans le passé vers le fond du tableau.

La dimension de l’au-delà pictural

Sergio Birga s’inscrit dans les quatre dimensions de l’espace et du temps, plus une cinquième que l’on a pu appeler métaphysique et que lui-même qualifie de « réalisme magique » en reprenant une appellation utilisée depuis longtemps pour qualifier l’une des postérités de l’expressionnisme (voir la rubrique ainsi dénommée sur son site internet). Il y englobe le concept que Freud a dénommé « Das Unheimliche », traduit en français par « l’inquiétante étrangeté », qui désigne l’évocation décalée, inhabituelle, d’éléments familiers provoquant un sentiment d’inquiétude.

Quel que soit le nom qu’on lui donne, il existe bien une dimension de l’au-delà pictural dans cette peinture aux aspects robustes mais mystérieux.

Les tableaux, quand ils ne sont humanisés que par des statues ou par de rares personnages, donnent une impression d’absence, en même temps que de silence, renvoyant à un ailleurs où pourraient se trouver les vivants.

Ils ouvrent des accès que le regard du spectateur doit emprunter pour atteindre l’autre côté de ces passages de frontière que sont les fenêtres, les portes, les ruelles, les arches, les ponts, les gares, les ports et les embarcadères… Les cirques, thème récurrent, sont un lieu de jonction entre ici et ailleurs.

Image de l’Italie populaire, les linges qui flottent aux fenêtres de paysages urbains déserts ressemblent en même temps aux mouchoirs que naguère on avait coutume d’agiter dans les scènes de départ.

Les ciels de Sergio Birga suggèrent un « outre-ciel». Ils forment eux aussi des passages, vers la lumière, des ouvertures vers la transfiguration, des trouées parfois rassurantes, parfois inquiétantes. Après avoir fait exploser les couleurs dans sa période expressionniste, le peintre en a gardé une grande vivacité chromatique, comme le montrent ses verts, bleus, rouges, ocres, mais il est devenu également l’auteur de magnifiques nocturnes, et dans ses tableaux diurnes un maître du gris, que ce soit au sol au niveau des pavés ou au ciel au-dessus des toits (par exemple quand il peint les toits de Paris vus de son atelier), au point que lorsqu’on se trouve face à un ciel naturel d’un gris intense, on se dit: « c’est un Birga ».

Sans doute faut-il intégrer à l’au-delà pictural la religion à laquelle le peintre est revenu après ses années expressionnistes et contestataires, et à laquelle il consacre aujourd’hui une part de son activité artistique.
Sa peinture, en même temps qu’elle avance dans cette voie qui, pas plus que ses cheminements antérieurs, n’est la voie de la facilité, paraît marquée par le développement de la lumière blanche, qui crée de très beaux effets quand elle enveloppe de son halo les personnages des Evangiles, ou même quand elle se contente, dans des scènes non religieuses, d’être la lueur de la neige.

 ***

Le poème qui suit (sonnet XLI d’Aérogrammes : voir l’article de Libres Feuillets consacré à D.T. Lemaire) évoque la force de cette peinture sans concession, et quelques-uns des aspects dont il vient d’être question, en particulier les dimensions du temps et de l’au-delà pictural :

Sergio Birga ton ciel est volute violente
Jetant sur des torsions de sculptures en lutte
Contre leur propre force un tourment qui éclate
Si sombre que son encre a des lueurs violettes

Mais il peut être aussi vélum bleu vif étale
Sans plissé de nuées ni vaporeuse tulle
Trop vif pour tolérer des douceurs volatiles
Au-dessus de murs lourds que le temps démantèle

Dans l’ambiance d’absence où court une infra-plainte
Où la solidité des pierres se délite
La lézarde éternelle en silence complote

Ecaille du crépi fissure d’archivolte
Ebréchure c’est là que se concentre occulte
La seule durée vraie qui vaille qu’on l’exalte

Dominique Thiébaut Lemaire

La revue de poésie Les Citadelles numéro seize (2011)

Voir pour plus d’informations sur la revue et sur ses numéros récents l’article de Libres Feuillets sur Les Citadelles numéro dix-neuf (2014).

En 2011 est paru le numéro seize, dont le sommaire suit le plan habituel de la revue:
– Derek Mahon: Au-delà de Howth Head. Traduction commentée de  Jacques Chuto
– Poètes pour nos jours
– D’Europe/D’Amérique latine
– Magazine
– Brèves chroniques
Les illustrations sont de : Sergio Birga (peintre et graveur), Eliane Bohnert-Démeron, Jean-Paul Gavard-Perret, Leïla Navaï.

En 2008, le treizième numéro nous avait présenté les jeunes poètes turinois (Tiziano Fratus, Valentina Diana, Luca Ragagnin, Francesca Tini Brunozzi, Eliana Deborah Langiu) regroupés autour des éditions Torino Poesia.
En 2009, le poète à l’honneur a été l’Irlandais Ciaran (prononcer Kérenn) Carson, également romancier et traducteur de langue anglaise, dont la revue nous a permis d’apprécier plusieurs traductions de Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé.
En 2010 figurent en premières pages la Catalane Marta Pessarrodona et l’Argentine Cristina Castello.
En 2011, Les Citadelles nous ont fait connaître avec plus d’ampleur un poète déjà évoqué en 2009, Derek Mahon, irlandais né en 1941, auteur d’une œuvre saluée par de nombreux prix littéraires. L’introduction est de Jacques Chuto, professeur honoraire de langue et littérature anglaises à l’université de Paris-12, qui a traduit Au-delà de Howth Head, poème foisonnant de 21 huitains (présenté en version bilingue : à noter les rimes en anglais).

Remarquons l’intérêt marqué -et justifié- de la revue pour les poètes irlandais : Ciaran Carson, Derek Mahon, mais aussi John Montague, l’un des plus connus, auquel la revue a consacré en 2007 un recueil à part réunissant les textes de lui qu’elle a publiés de 2002 à 2007. Dans le numéro 13 (2008), John Montague a évoqué en quelques poèmes son ami Samuel Beckett. Dans le numéro 14, à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, il a confié à la revue deux inédits, auxquels s’ajoute un poème que Derek Mahon lui a dédié. Il a été de nouveau présent en 2011 dans le numéro 16, dans la rubrique « D’Europe/D’Amérique latine », avec des textes tirés de In my grandfather’s mansion (The Gallery Press, 2010), traduits par Philippe Démeron avec le concours de l’auteur.

La rubrique « Poètes pour nos jours », habituelle dans Les Citadelles, donne à lire des poètes français contemporains. Ils ont été 22 en 2011 : Claude-Marc Aubry, Véronique Bart, Patrice Blanc, Joëlle Bouchard-Pailler, André Chenet, François Coudray, Georges Cuffi, Robert Cuffi, Philippe Démeron, Jean-Pierre Farines, Jean-Paul Gavard-Perret, Denis Hamel, Joël Jacquet, Karin Janin, Armelle Leclercq, Roger Lecomte, Dominique Thiébaut Lemaire, Hervé Martin, Jean Pichet, Valence Rouzaud, Elisabeth Stockhausen, Philippe Vallet.
Nombre d’entre eux contribuent de manière régulière à la revue.

La rubrique « D’Europe/D’Amérique latine » a présenté en 2011 des textes de : Stefania Asimakopoulou (Grèce) ; Cristina Castello (Argentine); William Cliff (Belgique) ; Mauricio Hernandez (Mexique) ; Eliana Deborah Langiu (Italie) ; Rod Mengham (Angleterre), par ailleurs professeur de littérature anglaise à Cambridge; John Montague (Irlande) ; Edith Sommer (Autriche).
Plusieurs de ces poètes étaient déjà présents dans les numéros précédents.

Dans le « magazine » du numéro de 2011, de courts « manifestes » d’André Chenet (voir aussi son site internet Danger Poésie) et de Denis Hamel ont ébauché un échange sur le thème « poésie et révolution ».

Pour conclure cette présentation, voici quelques extraits de poèmes ayant pour auteur Philippe Démeron.

Visite sans y penser (Philippe Démeron, Les Citadelles, numéro 14)
Extrait d’un poème de sept vers

Puis il a choisi, une paire de vérité, peut-être deux.
Les lunettes lui allaient comme un gant ; il les a chaussées.
Au fond d’un miroir éteint, son visage défiait le temps.

Arc-en-ciel (Philippe Démeron, Les Citadelles, numéro 14)

Solidement posé sur ses jambes prismatiques
l’arc-en-ciel balaie mon ciel
lumière de flash, lumière de phares jaunes
embouteillage de ciel sur les toits agglutinés.
La fin de l’été, l’orageuse, nous quitte en agitant ses projecteurs !
Oh, refais-nous le coup des feux de la rampe !
Les feux de music-hall, les adieux, les bras tendus !

Mes nuits de Paris (Philippe Démeron, Les Citadelles, numéro 15)

Les fleurs dans Paris rient partout aux noctambules
mille roses sourient à mille amies ravies
les baigneuses de nuit s’essuient sur les parvis
le fleuve emmi Paris charrie des campanules

 

 

Dominique Thiébaut Lemaire

 

Tranströmer, poète prix Nobel 2011. Auteur: D.T. Lemaire

Le prix Nobel de littérature a été décerné le 6 octobre 2011 au poète suédois Tomas Tranströmer et lui a été remis officiellement le 10 décembre de la même année.
108 écrivains ont reçu ce prix depuis sa création en 1901, dont une vingtaine de poètes, la dernière oeuvre poétique ainsi distinguée avant Tranströmer ayant été celle de la polonaise Wislawa Szymborska en 1996.

Sans parler de sa renommée dans les pays scandinaves, Tomas Tranströmer a bénéficié depuis longtemps de l’admiration de plusieurs poètes de langue anglaise qui l’ont traduit, en particulier l’américain Robert Bly à partir de 1970.
L’intérêt pour sa poésie s’est étendu largement au niveau international, comme en témoignent les traductions dans plus de soixante langues.

Mais Tranströmer est resté peu connu voire méconnu en France, malgré les efforts de quelques-uns dès la fin des années 1980 (son traducteur Jacques Outin, et la maison d’édition le Castor Astral).

A l’annonce du prix Nobel, lors d’une conférence de presse, sa femme Monica a répondu directement à plusieurs questions, le poète ayant du mal à parler depuis 1990 à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Le 10 décembre 2011, au banquet de remise du prix, elle a prononcé une brève allocution au nom de son mari, en remerciant les traducteurs de cette oeuvre, et en lisant le poème intitulé « En mars –79 » (p.244 des œuvres complètes dans l’édition de poche Poésie/Gallimard):
« Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage,
je suis parti pour l’île couverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Les pages blanches s’étalent de tous côtés !
Je tombe sur les traces d’un cerf dans la neige.
Un langage mais pas de mots.»

Bio-bibliographie

Les informations qui suivent sont tirées du site web officiel du prix Nobel (nobelprize.org), ainsi que de l’autobiographie de l’auteur intitulée Minnena ser mig (Les souvenirs m’observent), publiée en 1993 et traduite en français en 2004 (Le Castor Astral).
De plus, dans Östersjöar (Baltiques) paru en 1974, sont rassemblés des fragments poétiques de l’histoire familiale sur l’île de Runmarö dans l’archipel de Stockholm, où Tranströmer a passé de nombreux étés dès son enfance, et où son grand-père maternel était pilote côtier, guidant les bateaux dans la Baltique à travers le dédale de l’archipel.

Tomas Tranströmer est né le 15 avril 1931 à Stockholm. Sa mère Helmy est institutrice et son père Gösta Tranströmer, journaliste. Ses parents ayant divorcé, il est élevé par sa mère. Après le lycée classique et le baccalauréat en 1950, il est étudiant à l’université de Stockholm, en poétique, histoire de la religion et psychologie. Il obtient sa licence ès lettres en 1956, et il est engagé comme assistant à l’institut de psychométrie de l’université de Stockholm en 1957.
L’année suivante, il épouse Monica Bladh. De ce mariage naissent deux filles: Emma et Paula.
De 1960 à 1966 il est employé comme psychologue dans une « maison de correction ». En 1980, il est engagé à l’Institut de la Direction du travail (Arbetsmarknadsinstitutet) à Västerås près de Stockholm.

Encore étudiant, il a publié en 1954 17 dikter (17 poèmes). Neuf recueils poétiques ont suivi, de 1958 à 1989.

En 1990, comme on l’a dit plus haut, un accident vasculaire cérébral laisse Tomas Tranströmer paralysé du côté droit et le prive en grande partie de l’usage de la parole. Il venait d’être récompensé par le prix du Conseil Nordique.
Malgré ce grave accident de santé, il continue à écrire, partageant son temps entre son appartement du quartier de Stockholm et sa résidence d’été sur l’île de Runmarö.

Il publie en 1993 son unique ouvrage en prose, Minnena ser mig (Les souvenirs m’observent), souvenirs allant de la quatrième à la dix-huitième année de sa vie; ainsi que des recueils de poèmes : Sorgegondolen (Funeste gondole), en 1996; Fängelse (Prison), poèmes datant de 1959 et publiés en 2001 ; Korta Dikter (Poèmes courts), en 2002 ; Den stora gåtan (La grande énigme), en 2004.

Ses œuvres poétiques complètes (1954-2004) tiennent en 330 pages du recueil intitulé Baltiques, publié en septembre 2004 puis en octobre 2011 dans la collection Poésie/Gallimard, reprenant la traduction de Jacques Outin parue en 1996 et en 2004 aux éditions « Le Castor Astral ».

Dans la suite du présent article, les numéros de pages sont ceux de Baltiques dans l’édition Poésie/Gallimard.

Les données immédiates de la poésie de Tranströmer

Kjell Espmark, membre de l’Académie suédoise et de son comité Nobel, a prononcé le discours de présentation lors de la remise du prix le 10 décembre 2011. Bien des années auparavant, il avait rédigé une belle préface (intitulée « avertissement ») à l’édition française de Baltiques (œuvres complètes). Il nous donne quelques repères utiles pour entrer dans cette œuvre d’apparence faussement simple et facile.

Cette poésie se distingue par sa sobriété, sa concision, sa justesse, puisant une part de sa nouveauté aussi bien dans le langage familier que dans l’incongru, l’humour et l’ironie.
La notice de l’académie Nobel l’a caractérisée par ces mots: économie de moyens, caractère concret, métaphores prégnantes, concentration… Il faudrait y ajouter : intelligence et finesse.

Cette œuvre a donné lieu à des malentendus, à des incompréhensions, qui permettent peut-être de comprendre l’accueil restreint qui lui a été réservé jusqu’ici en France.

On a reproché au poète un manque d’engagement ou d’implication politique. Mais sa carrière de psychologue, auprès de jeunes délinquants et de populations défavorisées ou handicapées, a été par elle-même une réponse.

On loue, dans un éloge qui semble parfois trop réservé, son accessibilité, sa simplicité, même en traduction, son attachement aux choses de la vie quotidienne.
On parle de son intérêt pour la nature : îles, forêts, neige, rythme des saisons, goût pour l’entomologie et la botanique… Cependant, il n’y cherche pas, comme a eu tendance à le faire une partie de la poésie française dans la période récente, la vérité des éléments de la nature, ou la vérité de l’être vers laquelle pourrait nous guider la nostalgie d’une harmonie perdue. Il ne confond pas « lettres » et « l’être » dans son activité poétique.

Poète de la nature, Tranströmer est aussi un poète de la ville, des télécommunications, des transports.
On trouve dans son œuvre des bateaux, comme il se doit chez un Suédois de l’archipel, mais aussi beaucoup d’autres moyens de transport : voiture, camion, autocar, autobus, tramway, métro, train, avion (note 1).

Des pans entiers de la réalité contemporaine apparaissent dans cette œuvre qui refuse la frilosité et les réticences avec lesquelles, souvent, la poésie aborde de nos jours la réalité de la technique. Mais évitons de parler de modernité. Comme l’a écrit un illustre philosophe : « les formes ou natures qui ne sont pas susceptibles du dernier degré ne sont pas des perfections »: cette phrase s’applique bien au fait que le moderne est sans cesse laissé en arrière par plus moderne que lui.

 Les dépassements par le voyage, la musique, le rêve

Même si la Suède et sa nature s’y affirment avec force, cette poésie n’a rien de provincial. Le monde entier y est présent: Europe, Afrique, Amérique, Asie, Pacifique (note 2).

Par ailleurs, Tranströmer, sensible à tout ce qui est auditif, est porté par son amour de la musique (note 3).

Dans « Allegro » (p.105), il nous dit le réconfort de la chaleur que lui procure le fait de jouer du Haydn, sentiment psychologique né de la sensation physique dans les doigts, notation brève qui résume le pouvoir de la musique passant par l’ouïe mais aussi par le toucher:
« Je joue du Haydn après une noire journée
et sens une chaleur simple dans les mains. »
Dans « Les intérieurs sont infinis » (p.283) est évoqué le masque mortuaire de Beethoven, hissé comme une voile ou un drapeau de pirate qui s’éloigne dans une sorte de liberté farouche:
« C’est au printemps 1827. Beethoven
hisse son masque de mort et fait voile vers le large. »
Funeste gondole, recueil de 1996, nous parle (p. 304-308) de Liszt et de Wagner. Le sens du poème est précisé par une annotation: « en 1882-1883, Liszt rend visite à sa fille Cosima et à l’époux de celle-ci Richard Wagner à Venise. Wagner meurt quelques mois plus tard. Les deux pièces pour piano de Liszt intitulées Trauer-Gondel (Funeste gondole) datent de cette période ».

Dans ce poème sur Liszt et Wagner, où se rejoignent la musique et la mort, sont racontés plusieurs rêves, dont celui-ci, daté de 1990, année de l’attaque cérébrale qui a frappé Tranströmer:
« Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano
sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais en silence.
Les voisins entraient pour m’écouter. »
Souvent, cette poésie glisse vers le rêve (note 4).

La force de la concision et de la justesse

Tranströmer se méfie de la facilité des mots (voir à ce sujet le poème cité plus haut, lu par sa femme à la cérémonie de remise du prix Nobel).

Il sait voir avec acuité, mais ce don ne doit pas être réduit à la capacité d’observer et de dresser des constats. Le poète dépasse de loin ce niveau.

Dans le poème intitulé « Dans le delta du Nil » (p.102), la misère n’est pas décrite, mais évoquée avec intensité par l’émotion de la jeune mariée qui pleure dans son assiette à l’hôtel, après une journée où elle a vu des malades ramper et s’affaler, et des enfants mourant de misère.

Ce n’est pas seulement le voyage, la musique ou le rêve qui élèvent cette poésie, c’est la précision et la justesse elles-mêmes.
L’ordinaire devient extraordinaire. L’exactitude produit de l’étrangeté. La concision peut devenir magie. Le cadre réel dans lequel s’inscrit chaque poème se transforme en espace inédit. Pour Ksell Espmark: « le secret de cette poésie réside dans l’union inattendue de la vision élargie et de l’exactitude sensorielle ».

Même ce qui mesure l’espace et le temps, toute cette métrologie qui nous entoure et qu’on pourrait croire irrémédiablement descriptive et prosaïque, prend une ampleur insoupçonnée.
Ainsi, dans « Sombres cartes postales » (p.256):
« L’agenda est rempli, l’avenir incertain ». Et :
« Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s’oublie et la vie continue. Mais le costume
se coud à notre insu. »
Et, dans « Carillon » (p.266), à Bruges :
« Mes rivages sont bas, si la mort monte de six pouces je serai submergé ».
Et encore, dans « Espace de nuit » (p.303) :
« Un espace de temps
de quelques minutes de long
de cinquante huit ans de large. »

La métaphore

Tranströmer est un maître de la métaphore. Kjell Espmark cite à cet égard Joseph Brodsky (Leningrad 1940-New York 1996), poète russe prix Nobel 1987, qui a qualifié Tranströmer de « poète de première importance, d’une incroyable intelligence », en ajoutant : « Je lui ai volé plus d’une métaphore ».

La métaphore se fonde sur les liens de ressemblance, de similitude, d’analogie entre deux termes, êtres ou objets.
Sa valeur tient en premier lieu à la beauté et à la justesse de ces liens, et à la qualité des visions qui la font naître, comme le note justement Kjell Epsmark dans son discours pour la remise du prix Nobel, en évoquant même des « illuminations dans la vie quotidienne ».
Tranströmer nous donne en effet à voir des visions surprenantes dans la réalité de tous les jours, comme dans « Madrigal » (p.294) :
« C’est le printemps et l’air est enivrant. Je suis diplômé de l’université de l’oubli et j’ai les mains aussi vides qu’une chemise sur une corde à linge. »

On a dit que la métaphore est une comparaison abrégée, où les conjonctions grammaticales ne sont qu’implicites. Le lien le plus courant entre les termes d’une métaphore est le verbe « être », comme dans ces deux vers de « Ciel à demi achevé » (p.106), aperçu saisissant de la communauté humaine:
« Chaque homme est une porte entrebâillée
donnant sur une salle commune ».

Mais la métaphore ne se limite pas à une comparaison dans laquelle est absent l’élément grammatical de comparaison. Elle peut aller au-delà, en créant une identité nouvelle.
Dans ce processus de création, l’allusion et la concision jouent un rôle important. Par exemple, dans le vers de Hugo : « Le pâtre promontoire au chapeau de nuées », la beauté de la figure de style vient en partie d’un raccourci, d’un court-circuit entre pâtre et promontoire, entre lesquels le lien est l’image non explicitée de la mer qui moutonne en contrebas.

De même, dans « Un homme du Bénin », p. 67, où Tranströmer médite sur l’image d’un relief de bronze du XVIe siècle, du royaume africain du Bénin, représentant un juif portugais
« Coiffé d’un chapeau qui s’incurvait
en parodiant notre hémisphère
le bord posé sur l’équateur »,
c’est au lecteur de compléter ce qui n’est pas dit, en faisant le lien entre le globe terrestre et la tête du personnage.

La métaphore de Tranströmer n’est pas filée, elle reste souvent allusive, et comme figure de style fondée sur le raccourci, elle est en plein accord avec la concision qui est celle du poète suédois.
Cette brièveté libre de rhétorique a pu donner à certains l’impression que les images manquent d’ampleur, ou encore qu’elles s’inscrivent sans cohésion dans l’ensemble du poème.
En réalité, les métaphores de Tranströmer, même dans l’état naissant où elles se trouvent souvent, sont suffisamment compréhensibles pour permettre au lecteur d’en découvrir lui-même les prolongements et les résonances avec plaisir, souvent même avec admiration.

La forme du poème

Au dernier chapitre, intitulé « Latin », de son autobiographie Les souvenirs m’observent, Tranströmer raconte qu’au lycée les élèves dont il faisait partie devaient traduire le poète Horace, et que, dans cet exercice de traduction : « ce texte lumineux était véritablement ramené au niveau le plus bas. Mais l’instant d’après, dans la strophe suivante, Horace revenait en latin, avec la prodigieuse précision du vers. Cette alternance de banalité absolue et de sublime plénitude m’apprit quelles étaient les conditions de l’existence. Quelque chose pouvait s’élever dans les airs grâce à la forme (la Forme !). »
L’auteur ajoute à la fin du même chapitre: « C’est à peu près à cette époque que deux formes de strophes horaciennes, la saphique et l’alcaïque, entrèrent en force dans ma propre écriture. Durant l’été qui suivit le baccalauréat, j’écrivis deux poèmes en métrique saphique. L’un était une « ode à Thoreau » – qui fut par la suite réduit à « cinq strophes à Thoreau », après que les éléments les plus juvéniles en eurent été gommés. L’autre était « Tempête », dans la suite « Archipel en automne ».

Ces deux poèmes figurent dans le recueil 17 poèmes, p.27 et 29. Par la suite, dans Pour les vivants et les morts, on trouve encore un poème intitulé « Alcaïque » (p.276).
Les strophes saphique et alcaïque, inventées par les Grecs (Sapho et Alcée, dit-on) et reprises par les Latins, sont fondées comme toute la poésie gréco-latine sur des alternances de syllabes longues et brèves. Le vers se compose de pieds, groupes de syllabes (une syllabe longue équivalant à deux brèves). Ces caractéristiques sont transposables – et ont été transposées – dans les langues germaniques actuelles, telles que l’allemand et l’anglais, mais aussi le suédois, qui connaissent une métrique «accentuelle », où la syllabe accentuée joue le rôle d’une longue, les autres celui d’une brève. En français, comme on le sait, la métrique traditionnelle est différente, principalement syllabique.

Tranströmer n’a jamais abandonné le souci de la forme. Le haïku, forme contraignante, apparu dans son œuvre dès Prison (1959-2001), est présent dans Funeste Gondole (1996), et occupe en entier La Grande Enigme (2004).

Commentaires sur quelques haïkus du dernier recueil

Les écrivains occidentaux qui s’inspirent de la forme poétique japonaise du haïku choisissent la plupart du temps de la transposer sous la forme d’un tercet de trois vers de cinq, sept et cinq syllabes. C’est ce que fait Tomas Tranströmer.

Son dernier recueil, La Grande énigme, se compose de 45 haïkus. En voici quelques-uns, lus dans le texte réimprimé par Le Castor Astral en octobre 2011, et présentant le texte en suédois en regard de la traduction française.

 « Renne en plein soleil.
Les mouchent cousent et cousent encore
son ombre sur le sol. » (p. 341)
Dans un environnement scandinave (résumé par l’évocation du renne, vivant ou mort ?), les mouches qui s’envolent, se posent et s’envolent à nouveau semblent reproduire le mouvement d’un fil de couture entre l’air et le sol, entre le soleil et l’ombre.

« Porté par l’obscurité.
Je croise une grande ombre
dans une paire d’yeux. » (p.342)
Ce poème nous parle du rapport entre l’homme et le monde. Quand celui-ci est obscur, l’ombre envahit les yeux qui le regardent. Le monde existe dans le regard ; et dans la lumière des phares des engins créés par l’homme : ainsi, dans un autre poème, à propos d’un autobus dans la soirée d’hiver:
« S’il s’arrêtait, s’il éteignait ses phares
le monde soudain disparaîtrait » (p.123)

 « Le soleil disparaît.
Le remorqueur regarde avec
sa tête de bouledogue. » (p. 344)
Le remorqueur n’est pas un bateau que l’on pourrait comparer à un lévrier, sa proue évoque le mufle d’un bouledogue. En suédois, bouledogue se dit « bulldog », tandis que le nom du remorqueur commence par « bogser». Il y a donc un jeu de sonorités entre « dog » et bog ».

 « Ces feuilles brunes
sont précieuses comme
les rouleaux de la Mer morte. » (p. 345)
Les feuilles mortes, sans valeur, deviennent pourtant aussi précieuses sous les yeux du poète que les fragments brunis des plus vieux manuscrits.

 « Ombres rampantes…
Nous sommes perdus dans la forêt
dans le clan des morilles. » (p.348)
En suédois, les deux premiers vers se terminent par des mots en « sk-g » : « skugger » (ombres) et « skogen » (forêt). Le mot clan (klan en suédois) décrit avec justesse la pousse collective des champignons, et donne le sentiment d’un phénomène de groupe excluant l’ intrus perdu dans leur forêt.

Concluons sur un dernier haïku ce tour dans le monde de Tranströmer. C’est un poème qui fait penser à un retour au pays après un voyage dans l’espace, le temps et le langage (« Heureux qui, comme Ulysse a fait un beau voyage», a écrit du Bellay), mais il exprime aussi le bonheur de l’homme hémiplégique qui a pu s’asseoir après un effort comparable à celui que l’on fait pour tirer une barque sur le rivage:
« Vois comme je suis assis
tel une barque tirée à terre.
Je suis heureux ici. » (p.348)

 

Dominique Thiébaut Lemaire

 

Note 1
Métro et son terminus, p.89 ; avion qui tire sa révérence en déployant ses ailes comme une jupe tonnante, p.93 ; avion dont l’ombre est en forme de croix, p.146; train arrêté dans la nuit, p.65 ; tramways, p.115; autobus, p.123 ; poids lourd et usines dans « Trafic », p. 157 ; mufle d’un autocar hurlant, p.232 ; autoroute et motel, p.224 ; train en gare, p.247… 

 Note 2
Andalousie (p.61), Turquie (p.63), Balkans (p.74), Grèce (p.100), Egypte (p.102), Lisbonne (p.115), Congo (p.116 et 138), Etats-Unis (p.135 et 220), Madère (p.236), Bruges (p. 267), Hawaï (p. 268), Shanghaï (p.278), Washington (p.285), Autriche (p. 309), Allemagne de l’Est (p. 310)…

Note 3
On rencontre dans les poèmes de Tranströmer: Balakirev (p.69), l’ut majeur et la note do (p.91), Haydn (p.105), Grieg (p.142), Schubert (p. 220), Liszt et Wagner (p.304)…

Note 4
Par exemple dans « Secrets en chemin », p.64 ; « Traces », p.65 ; «La Fenêtre ouverte », p.161 ; « Plus loin encore », p.175; « Courte pause pendant le concert d’orgue », p.241 ; « Bien des pas », p.258 ; « Séminaire du rêve », p. 260; « Funeste gondole n°2 », p.305, 307)…

L’expressionnisme: peintres allemands. Auteur: Annie Birga

 « Expressionnismus  et Expressionnismi »
Pinacothèque de Paris (du 13 octobre 2011 au 11 mars  2012).
Auteur: Annie Birga

La Pinacothèque de Paris présente, une fois de plus, une exposition originale et stimulante qui regroupe des tableaux  provenant de  musées  pour la plupart allemands, les musées français  ayant au XXème siècle (et au XXIème) très peu acheté outre-Rhin.

Voici l’occasion  de mieux connaître et comprendre  un  mouvement que des esprits réducteurs auraient tort de confondre avec le Fauvisme, même si celui-ci a été son point de départ.

Le titre de l’exposition  souligne cependant son ambivalence, car, en fait, Die Brücke (Le  Pont), né à Dresde en 1905 et dissous en 1913, puis Die Blaue Reiter (Le Cavalier bleu), né à Munich en 1911 et dispersé par les effets de la guerre, se sont succédé, ressemblé, affrontés. D’où le parti-pris du commissaire de l’exposition de présenter les oeuvres sans ordre chronologique, par thèmes, en les confrontant de façon à en marquer convergences et dissemblances.

Ce qui nous vaut, mêlés, les Expressionnistes proprement dits, Kirchner et son élégance nerveuse; Heckel, grand portraitiste et paysagiste; Nolde, éclatant de couleurs; Schmidt-Rottluff, anguleux et peignant par aplats des couleurs complémentaires. Chez tous, tension et angoisse dans ce début d’un siècle tourmenté, dans la lignée de Van Gogh et de Munch. Les peintres du Blaue Reiter sont plus formalistes, souvent ésotériques et spiritualistes, ce qui les conduit à l’abstraction, Kandinsky étant le principal protagoniste du mouvement. On peut regretter que Marc soit peu représenté. Mort trop jeune aussi en 1914, tout comme Macke, dont les dernières toiles anticipent un retour à l’ordre, tel qu’il se manifestera dans la Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité). Aspect moderne de ce  groupe, des femmes-peintres s’y associèrent, Gabriele Münter, amie et élève de Kandinsky, et Marianne Werefkin, compagne du russe Jawlensky dont le style très personnel s’apparente au Symbolisme.

 « Entartete Kunst », l’exposition de 1937, « Art Dégénéré », organisée par les Nazis, regroupera presque tous ces tableaux ici exposés.

Il est temps que nous rattrapions notre retard à appréhender l’art allemand du XXème siècle, et cette exposition, parfaitement accompagnée de notices biographiques et de commentaires efficaces, nous le permet.

 

 Annie Birga