L’Allemagne, la France, l’euro: excédents et déficits (II). Par D.T. Lemaire

L’Allemagne et la France dans la zone euro

  • Les deux crises: déficits publics et déficits des balances commerciales

Parmi les causes de la crise des déficits publics dans la zone euro, on évoque souvent les déséquilibres anciens et mauvaises pratiques qui ont sapé la confiance des prêteurs (dont l’exemple le plus frappant a été le maquillage des comptes grecs). On parle plus rarement de la diminution de la fiscalité, notamment sur les hauts revenus et les grandes entreprises, ou du sauvetage des systèmes bancaires par les États, qui a dégradé les comptes de ces derniers.

Ce sauvetage a eu lieu à la suite de l’éclatement de bulles immobilières notamment en Espagne et en Irlande, et à la suite de la crise américaine des crédits subprime et autres « actifs toxiques », qui ont compromis les bilans de nombreuses banques européennes en ayant fait l’acquisition. En outre, aujourd’hui, l’aide aux pays en crise de la zone euro aggrave les déficits publics de pays tels que l’Allemagne et la France.

Cependant, pour les économistes, l’euro souffre à présent davantage d’une crise des balances commerciales que d’une crise des budgets et de la dette publique. La zone euro dans son ensemble a des comptes extérieurs à peu près équilibrés. Le problème serait donc d’abord interne à cette zone, entre l’excédent de la balance courante de l’Allemagne et le déficit courant des pays du sud. Tant que ces déséquilibres extérieurs persistent, la restructuration des dettes n’est pas une solution durable, puisque les pays du sud doivent continuer à s’endetter pour financer leur déficit courant.

On peut distinguer deux cas parmi les pays en déficit extérieur. Le premier cas est celui des pays où la réduction du déficit public va suffire à faire disparaître le déficit extérieur. Il est connu dans l’histoire des Etats-Unis sous le nom de « déficits jumeaux » (extérieur et budgétaire). On peut espérer que la France est dans ce cas malgré l’affaiblissement de son industrie, secteur exportateur par excellence. Le second cas est celui des pays où, même si le déficit budgétaire disparaissait, il subsisterait un important déficit extérieur. Pour Patrick Artus et Laurence Boone (note 1), c’est la situation dans laquelle se trouveraient l’Espagne, la Grèce, le Portugal, dont le déficit extérieur ne serait plus finançable par les investisseurs privés qui hésitent fortement à leur accorder des prêts. Les solutions pourraient être alors celles qui sont évoquées plus loin sous le titre « quelles solutions ? ».

  • L’importance de l’industrie en tant que secteur exportateur

La production industrielle allemande représente aujourd’hui environ 17 % du PIB et 21 % des emplois, selon les données d’Eurostat. En France, on débat depuis longtemps de la relative faiblesse de l’industrie par rapport à l’Allemagne. La production industrielle n’y représente plus aujourd’hui qu’environ 10% du PIB et 11 % des emplois, malgré de belles réussites dans l’automobile ou l’aéronautique par exemple.

L’industrie étant le secteur exportateur par excellence, on est tenté de conclure que le déséquilibre actuel des balances courantes dans la zone euro vient de ce que l’Allemagne (excédentaire) est plus industrielle que les autres pays, en particulier ceux du sud (déficitaires). Mais cette appréciation doit être nuancée.

D’une part, les « pays du sud » ne sont pas aussi désindustrialisés qu’on le dit : l’Italie est la deuxième puissance industrielle européenne après l’Allemagne, et l’emploi manufacturier continue à y représenter comme en Allemagne environ 20 % de l’emploi total. D’autre part, les services peuvent être fortement exportateurs également: ainsi, ce que les touristes du nord dépensent dans les pays du sud de la zone euro équivaut à des exportations de services par ces derniers.

Par ailleurs, si l’industrie allemande est statistiquement plus forte que la française, c’est parce qu’elle l’est effectivement, mais aussi pour les raisons suivantes :

– En Allemagne plus qu’en France, l’internationalisation de l’économie a pris la forme d’une segmentation des processus de production, les produits étant assemblés à partir de composants fabriqués ailleurs et intégrés dans les ré-exportations finales. La France, quant à elle, a délocalisé davantage des unités entières de production. Ce second type de stratégie, par laquelle l’entreprise réalise une part croissante de son activité via des filiales étrangères, augmente les revenus des investissements à l’étranger mais diminue le montant des exportations industrielles du pays.

– L’industrie paraît plus ou moins forte, selon que les entreprises industrielles conservent en leur sein les « services aux entreprises », ou externalisent vers des entreprises de services -par sous-traitance ou filialisation- ces tâches qu’elles réalisaient elles-mêmes précédemment : entretien et nettoyage, sécurité, gestion de personnel, communication, facturation, et recouvrement, informatique, location ou leasing automobile… Cette externalisation, qui peut se développer dans le cadre national, et qui a provoqué en France un vif essor des services aux entreprises dont les effectifs ont été multipliés par 4 en quarante ans pour atteindre 4 millions de salariés avant la crise de 2008, aurait enlevé à l’industrie française environ 400 000 emplois entre 1980 et 2007 (note 2).

– La hausse de la productivité, très forte en France, agit de deux façons : elle réduit le personnel nécessaire et élève le niveau de vie, donc la demande de services. Elle aurait «coûté » 567 000 emplois industriels environ entre 1980 et 2007 (note 2).

  • Morale et efficacité

Les pays du nord de la zone euro, notamment l’Allemagne, leurs opinions et même leurs économistes, ont tendance à poser les problèmes de la zone euro en termes de moralité.
Pour eux, il s’agit notamment d’empêcher « l’aléa moral » (expression dans laquelle on peut noter l’ambiguïté de l’adjectif « moral », signifiant: « qui concerne les moeurs, les comportements », mais aussi: « qui concerne l’éthique »). L’aléa moral désigne la prise de risques aventureux de la part d’acteurs économiques (y compris les Etats), prise de risques d’autant plus importante que ces acteurs seront persuadés de pouvoir bénéficier d’une assistance financière en cas de difficulté.

Dans le même ordre d’idées, ces pays ont exprimé les opinions suivantes : l’indiscipline budgétaire des pays du sud serait l’une des origines de la crise ; la faible durée du travail serait une des sources importantes des problèmes économiques rencontrés au sud.

Mais, pour de nombreux économistes (note 3), ces idées sont erronées. En ce qui concerne les déficits publics, tous les pays de la zone euro sauf la Grèce se situaient en 2007 au-dessous de la limite de 3 % fixée par le traité de Maastricht pour le ratio dette publique/PIB. l’Irlande et l’Espagne n’étaient pas en déficit budgétaire. La conformité à la règle n’empêche donc pas une dégradation très rapide et très forte.

En ce qui concerne la durée du travail, l’économiste Patrick Artus a rappelé (dans Flash Economie de Natixis, n° 401, 30 mai 2011) que les Allemands travaillent beaucoup moins longtemps (sur l’année et durant leur vie) et ne travaillent pas plus intensément que les salariés en Italie, Espagne, Portugal et Grèce. La performance économique supérieure de l’Allemagne s’expliquerait surtout par l’effort d’innovation et par un taux d’épargne plus élevé.

Les pays du nord de la zone euro font de l’excédent commercial une vertu. Mais il s’agit d’une opinion erronée, il suffit pour s’en convaincre de la confronter aux principes de la morale tels que les a définis la philosophie allemande. Rappelons à ce sujet la formule kantienne bien connue (dans Fondements de la métaphysique des mœurs) : « je dois toujours me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle. » Or, il est évident que la politique d’un pays qui cherche à maximiser ses excédents dans ses relations avec les autres ne peut en aucun cas devenir une loi universelle, car, dans un espace intégré tel que celui dont nous parlons, les excédents des uns sont nécessairement les déficits des autres.

En outre, les excédents commerciaux se révèlent économiquement inefficaces, dégageant une épargne illusoire, dans la mesure où :

– Ils ont été investis ou placés dans des actifs perdant beaucoup de leur valeur, comme c’est actuellement le cas, notamment lorsqu’ils sont recyclés dans les pays mêmes où ces excédents creusent des déficits ;

– Ils fragilisent l’économie des pays déficitaires, et compromettent finalement les débouchés des pays excédentaires.

Keynes soutenait avec raison qu’il convient d’agir non seulement sur les pays en déficit courant, mais aussi sur ceux qui sont en excédent courant, en instaurant un contrôle des déséquilibres dans les deux sens.

  • Quelles solutions?

Pour la plupart des économistes, la compression de la demande intérieure dans les pays en déficit extérieur n’est pas une solution. La rigueur ou l’austérité en période de crise, quel que soit le nom qu’on lui donne, peut avoir des effets sociaux et politiques désastreux comme on le voit déjà en Espagne, en Grèce, en Irlande, au Portugal…. Actuellement, en Espagne, 23 % de la population active est au chômage. L’austérité contrarie le désendettement des États concernés parce qu’elle réduit les recettes publiques et donc les capacités de remboursement, et parce que les marchés financiers deviennent réticents à accorder des crédits à des pays où l’économie se contracte. De ce fait, les taux d’intérêt qui leur sont appliqués augmentent, rendant leur endettement de plus en plus coûteux.

Si les pays les plus endettés étaient ainsi contraints à sortir de l’euro, il s’en suivrait une forte appréciation d’un nouvel euro qui deviendrait la monnaie d’une « zone mark », et l’avantage compétitif d’une décennie de déflation salariale allemande partirait en fumée. L’Allemagne pourrait alors s’enfoncer à son tour dans la récession. La sortie de l’euro et la dévaluation d’un pays du sud de la zone ferait subir aux créanciers des pertes considérables en capital.

D’après les marchés financiers, la principale solution pour la zone euro, au moins dans un premier temps, consiste à faire de la Banque Centrale européenne (BCE) le prêteur en dernier ressort de la zone, comme les autres grandes banques centrales qui peuvent sans limite acheter les titres d’Etat de leur pays. Mais la BCE et l’Allemagne (toujours inquiète des risques d’inflation) considèrent que les traités interdisent cette possibilité de financer directement les dettes publiques des Etats par la création monétaire traditionnellement dénommée « planche à billets ».

On a donc imaginé un système dans lequel l’action de la BCE passerait par les banques. Celles-ci ont pu pour la première fois le 21 décembre 2011 emprunter des liquidités à 3 ans auprès de la BCE au taux de 1 % sans limite de montant, avec peu de restrictions sur les garanties exigées. Elles se sont ruées à ce « guichet » et emprunté 489 milliards d’euros. Mais on ne sait pas encore si elles vont utiliser cet argent seulement pour couvrir leurs propres besoins, ou aussi pour acheter ou racheter des titres d’Etat. Cette dernière éventualité, consistant à interposer les banques entre la BCE et les Etats, fait actuellement débat (note 4).

Comme la crise des échanges extérieurs est due en partie à un manque d’investissement productif dans les pays déficitaires, certains évoquent une sorte de « plan Marshall » dans lequel les prêteurs publics (pays du nord de l’euro, EFSE, FMI, BCE…) accepteraient de financer les déficits extérieurs des pays déficitaires pendant plusieurs années, le temps que ces pays développent leurs secteurs exportateurs…

On évoque aussi, de manière utopique pour l’instant, un mécanisme de rééquilibrage des balances courantes. La zone euro se caractérise aujourd’hui par l’asymétrie dénoncée par Keynes dans les années 1940, qui rendait l’ajustement « obligatoire pour les débiteurs et volontaire pour les créditeurs ». Les pays excédentaires étant aussi responsables des déséquilibres internationaux que les pays déficitaires, Keynes préconisait que des contraintes s’exercent également sur eux. Il a proposé une « chambre de compensation internationale » (International Clearing Union, ICU) avec un volet de financement des soldes déficitaires des échanges extérieurs, et dont la grande innovation consistait à mettre à contribution les pays excédentaires. L’ICU aurait appliqué aux pays excédentaires un système de taxation progressive, afin de les détourner d’une stratégie unilatérale et de les inciter à une relance rééquilibrant leur solde et réduisant par là même les déficits de leurs partenaires.

***

Une remarque pour finir, en ce qui concerne le niveau de l’euro : on semble avoir oublié que ce niveau avait été fixé à l’origine dans l’idée qu’un dollar s’échange contre un euro, ou au plus 1,1 dollar contre un euro. Or, depuis 2003, l’euro a été constamment beaucoup plus cher. Certes, cette situation a rendu moins coûteuses les importations libellées en dollars, notamment les importations pétrolières, mais elle a eu des conséquences négatives sur les exportations des pays de la zone euro, même si on nous dit que la crise actuelle des échanges est un problème interne à cette zone (dans la mesure où la balance globale de celle-ci est à peu près équilibrée).

Airbus s’est suffisamment fait entendre à ce sujet, en répétant que la surévaluation de l’euro par rapport au dollar est nuisible à ses exportations. Il est vraisemblable que la balance courante française, par exemple, se porterait mieux si les intentions initiales relatives au niveau de l’euro s’étaient réalisées. Certes, l’euro semble être en train de baisser (1,30 dollar pour 1 euro à la fin de 2011, au lieu de 1,5 dollar pour un euro en 2008), mais il n’est pas satisfaisant que cette baisse se produise de manière passive dans un contexte de crise.

Dominique Thiébaut Lemaire

Note 1
Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis : Flash Economie, passim ; et : « Comment éviter l’éclatement de l’euro ? », avec Laurence Boone, directrice de la recherche économique de Bank of America Merrill Lynch, article paru dans Les Echos du 8 décembre 2011.

Note 2
Lilas Demmou: « Le recul de l’emploi industriel en France entre 1980 et 2007 », dans Economie et Statistique, n° 438-440, juin 2011

Note 3
André Grjebine, directeur de recherche à Sciences Po-CERI : « Et si la priorité était de rééquilibrer les échanges intra-européens? », point de vue dans le journal Le Monde (lemonde.fr, 1er décembre 2011)

Jean Pisani-Ferry, directeur de Bruegel, centre de recherches et de débats sur les politiques économiques en Europe: « Le syndrome du réverbère », article publié dans Le Monde Economie, mardi 13 décembre 2011 ; auteur de : Le réveil des démons : la crise de la zone euro et comment nous en sortir, Fayard, 2011

Jacques Sapir : La démondialisation, Le Seuil, Paris, 2011.

Note 4
Augustin Landier, professeur de finance à la Toulouse School of Economics, et David Thesmar, professeur à HEC, article publié dans Les Echos du 21 décembre 2011

L’Allemagne, la France, l’euro: excédents et déficits (I). Par D.T. Lemaire

L’Allemagne et la France sont ici comparées du point de vue des échanges extérieurs et des comptes publics. Leur situation dans ces deux domaines s’explique largement par les démographies respectives, et notamment par le vieillissement de la population allemande. Il en résulte un important problème pour la zone euro.

 Le lien entre démographie et exportations a été mis clairement en évidence par le  président de la Bundesbank, lorsqu’il a expliqué au Financial Times en novembre 2011 que son pays, où la population est vieillissante, a besoin d’excédents commerciaux permettant d’accumuler du capital pour faire face à ce vieillissement.
La production privilégiée pour réaliser ces excédents est la production manufacturière, dans le prolongement d’une tradition forte et ancienne. L’Allemagne garde aujourd’hui un secteur industriel important, dans un monde où, après être passée de l’agriculture à l’industrie, l’économie des pays avancés évolue de manière générale de l’industrie vers les services.
Il ne suffit pas de réaliser des excédents, encore faut-il que les montants correspondants soient investis ou placés dans des conditions telles que cette épargne puisse être sauvegardée. Or, la crise depuis 2008 a rendu peu sûrs ces investissements ou placements allemands.
De plus, dans un monde où les  interactions entre les différentes économies se sont intensifiées, en particulier dans l’Union européenne et dans la zone euro, les excédents des uns sont nécessairement les déficits des autres, et s’ils sont trop importants, le système se grippe. Dans ce contexte, la politique de l’excédent commercial n’est pas vertueuse, car, n’étant pas généralisable, elle ne répond pas à l’impératif moral posé par la philosophie allemande dans le  célèbre impératif kantien : « Je dois toujours me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle ».
L’Allemagne, pays d’environ 82 millions d’habitants en excédent commercial, qui pourrait se croire en position de force, est en réalité très dépendante de ses proches partenaires économiques fragilisés par les déficits, mais qui offrent des débouchés beaucoup plus larges que le marché intérieur allemand (la zone euro compte 250 millions d’habitants hors Allemagne, dont 130 dans les quatre pays du sud que sont l’Italie, l’Espagne, le Portugal, et la Grèce).

La démographie

Comparaison succincte des populations

L’Allemagne est l’Etat le plus peuplé de l’Union européenne (81,8 millions d’habitants en 2009), et avec ses 230 habitants par km², l’un des plus densément peuplés après les Pays-Bas,la Belgique et le Royaume-Uni. Depuis quelques années, sa population diminue à cause de très faibles taux de natalité et de fécondité (ce dernier étant de 1,4 enfant par femme, comme du reste en Espagne et en Italie). Jusqu’au début des années 1990, les cinq Länder de l’Est avaient un taux de fécondité bien plus élevé, mais la natalité de l’Est est aujourd’hui aussi faible que celle de l’Ouest.

 Suivant une évolution contraire, la population française, après une stagnation au 20ème siècle jusqu’aux années 1940 un peu au-dessus de 40 millions d’habitants, suivie par un « baby boom » qui s’est atténué au cours des années, a connu une nette reprise de la natalité dans la période récente, avec un taux de fécondité en 2010 de 2,1 enfants par femme, correspondant à peu près au seuil de renouvellement des générations.
Elle est aujourd’hui de 65 millions d’habitants dont 63 millions en métropole, soit 77 % de la population allemande, alors qu’elle n’était que de 41,5 millions d’habitants en 1937-1939 (60 % de la population allemande dans les limites de 1937).
Sa densité est de 114 habitants au km2 en métropole, la moitié de la densité allemande.

L’Union européenne à 27 compte aujourd’hui 502 millions d’habitants, la zone euro 332 millions, dont 185 millions hors Allemagne et France. Sur ces 185 millions d’habitants, plus de 128 millions vivent dans les pays du sud (Espagne : 46 millions; Grèce : 11,3; Italie : 60,5 ; Portugal : 10,6). C’est un marché considérable, indispensable aux économies allemande et française : respectivement 48 % et 41 % de leurs exportations sont dirigées vers la zone euro – et pour les deux pays 61 % des exportations vont vers l’Union européenne dans son ensemble.

 Effets du vieillissement sur les échanges extérieurs et les comptes publics

 Si la production allemande était davantage investie ou consommée sur place, les excédents extérieurs du pays se réduiraient.
La primauté donnée à l’épargne par rapport à la consommation immédiate explique l’attachement des dirigeants allemands à la stabilité monétaire.
L’histoire économique de l’Allemagne, mais aussi le vieillissement de la population, permettent de comprendre pour une bonne part ces choix. C’est ce qu’a répondu Jens Weidmann, président de la Bundesbank, au Financial Times (daté du 13 novembre 2011) qui lui a demandé si, avec ses excédents extérieurs importants, l’Allemagne n’est pas une partie du problème pour le reste de la zone euro. « Si vous avez une population vieillissante, a-t-il dit au journal anglais, alors cela a un sens d’avoir un excédent commercial pour épargner dans cette optique, en accumulant du capital hors de votre propre pays. »
La situation allemande, de ce point de vue, semble assez proche de la situation chinoise caractérisée par un vieillissement inquiétant à terme, pouvant expliquer la recherche  d’excédents commerciaux très importants comme moyen d’épargne pour y faire face.
Si l’on se projette dans l’avenir, le niveau de la dette allemande est élevé. Le déclin démographique, qui contribue à modérer le taux de chômage, pourrait se traduire par une baisse des recettes publiques. Dans le même temps, le vieillissement risque de faire exploser les coûts de la sécurité sociale et de l’assurance-maladie.

En France, on dit que les « générations futures » françaises seraient déjà trop endettées. Mais la dette publique mesurée en pourcentage du PIB n’est pas un bon critère. En 2040, les Français qui composeront alors le cœur des actifs chargés du remboursement de la dette présente sont les jeunes âgés de 0 à 25 ans aujourd’hui. Il faut apprécier l’endettement actuel par rapport à cette population. Au début de 2011, la dette par jeune de 0 à 25 ans atteint environ 90 000 euros outre-Rhin, plus que les 80 000 euros que donne ce calcul pour la France (note 1).

 Les déficits publics

D’après Eurostat, office européen des statistiques, le ratio dette/PIB s’est élevé en 2010 à 83,2 % pour l’Allemagne (PIB : 2476,8 milliards d’euros) et à 82,3 % pour la France (PIB : 1932,8 milliards d’euros), la moyenne de ce ratio étant de 85,4 % pour l’ensemble de l’Union européenne.
D’après la même source, le déficit public allemand s’est élevé pour la même année à 4,3 % du PIB et le déficit public français à 7,1 % du PIB (moyenne de l’Union européenne : 6,6 % du PIB ; Royaume-Uni : 10,3 % du PIB).

Pour les économistes (note 2), le calendrier d’une politique d’équilibre budgétaire est crucial : si on entreprend une telle politique au milieu d’une récession, l’effet symbolique permettant de reconquérir la confiance des marchés prêteurs risque de susciter au contraire leur méfiance, et de s’évanouir dans l’effondrement de l’activité. Il est beaucoup plus facile de réduire le déficit en phase de croissance. Mais la France se préoccupe généralement de réduire sa dette en période difficile, et oublie de le faire quand la conjoncture est favorable.

 L’Allemagne n’est pas non plus exemplaire. Ce pays, d’après Le Monde du 19 novembre 2011 (note 3), a eu recours à une astuce après le choc de 2008 pour comptabiliser les dizaines de milliards d’euros déboursés (ou offerts en garanties) afin de relancer son économie et sauver son secteur financier. Les sommes ont été logées dans un compte séparé appelé « Sondervermögen », qui contribue à grossir la dette mais n’est pas pris en compte dans le calcul du déficit public. Sans cette astuce, le niveau du déficit allemand serait proche du niveau français, d’après Sylvain Broyer, économiste chez Natixis.

 Au cours d’une conférence organisée le 14 décembre 2011 à New York par le « Council for Foreign Relations « (CFR), l’économiste en chef du FMI a mis en garde les Etats européens contre la tentation de l’austérité: « nous devons avoir un ajustement budgétaire, mais cela doit être un long processus d’ajustement à moyen terme » »

 Aux mises en garde contre une réduction de la dépense publique périlleuse en période de crise, on oppose un argument que l’on croit imparable: ne pas réduire le déficit public aujourd’hui reviendrait à léguer une dette insupportable aux générations futures. Celles-ci, dit-on, seraient déjà trop endettées en France. Mais on a vu plus haut que c’est inexact si l’on raisonne en tenant compte de la démographie.

Autre idée contestable: l’alignement des dépenses budgétaires sur un niveau allemand. Or, la France (comme le Royaume-Uni) est un pilier de la défense européenne. Ce rôle nécessite des dépenses publiques plus lourdes. Et les divergences de natalité placent aussi les pays dans des situations dissemblables. Pour des avantages équivalents (congés de maternité, soutien aux familles, éducation…) les deux « champions » des naissances que sont la France et le Royaume-Uni doivent dépenser autour de trois points de PIB de plus que l’Allemagne, d’après l’économiste Philippe Eskenazy (note 1). Structurellement, les deuxième et troisième économies européennes sont donc plus dépensières, mais les générations futures qui rembourseront la dette seront aussi plus nombreuses.

 Les échanges extérieurs

 Les médias évoquent à longueur de temps l’excédent commercial allemand, en comparaison duquel le déficit commercial de la France fait piètre figure. Mais ils n’abordent presque jamais deux questions fondamentales :
–          Le solde commercial n’est qu’un aspect partiel des échanges extérieurs, il faut le replacer dans l’ensemble de la balance des paiements;
–          Le constat d’excédents importants doit s’accompagner d’une interrogation sur la rentabilité des investissements ou placements qu’ils permettent de faire, et sur leur « soutenabilité » à moyen terme.

 La balance des paiements

 La balance des paiements présente les flux économiques entre une économie et le reste du monde, répartis en comptes formant deux sous ensembles principaux: d’une part le compte de transactions courantes ou balance courante (incluant la balance commerciale), d’autre part le compte de capital et le compte financier.
Les opérations entre les résidents d’un pays et le reste du monde forment un circuit économique fermé: tout ce qui est enregistré en plus ou en moins dans le sous-ensemble des résidents est nécessairement compensé dans le sous-ensemble des non-résidents.
Ainsi, la balance des paiements est par construction équilibrée, chaque transaction, financière ou non financière, avec un non-résident ayant une contrepartie financière, une variation d’avoirs ou d’engagements vis-à-vis des non-résidents. Dans le cas le plus simple, une exportation ou une cession de titres par les résidents donne naissance à une augmentation de leurs avoirs (par exemple, les dépôts des résidents auprès des banques non-résidentes) ou une diminution de leurs engagements (par exemple un remboursement d’avances précédemment obtenues auprès de banques non-résidentes).
Bien que la balance des paiements doive être équilibrée par construction, elle fait apparaître en pratique un solde d’erreurs et omissions non négligeable qui, pour l’Allemagne et la France, peut s’élever jusqu’à 10-15 milliards d’euros en plus ou en moins chaque année.
Quand la balance courante est négative, le pays consomme et investit plus qu’il ne produit de richesses. Elle doit alors être compensée par des emprunts auprès des non-résidents ou en encore par la vente d’actifs possédés à l’extérieur du pays. Inversement, quand la balance est positive, le pays produit plus de richesses qu’il n’en consomme. Une balance courante positive permet à un pays de rembourser sa dette ou même de prêter à d’autres pays.

Les principaux éléments des balances des paiements allemande et française (en milliards d’euros) ont été les suivants en 2010 (les flux entrants sont notés +, les sorties -). Les chiffres sont tirés des balances établies par la Bundesbank et par la Banque de France (voir les sites internet de ces institutions).
Balance allemande :
–          Balance courante : + 141,4 (dont biens : + 154,5)
–          Investissements directs à l’étranger : – 44,3
–          Investissements de portefeuille : – 124,9
–          Instruments financiers dérivés : – 17,6
–          Autres investissements : + 57,1 (- 49,1 en 2009).
Balance française :
–          Balance courante : – 33,7 (dont biens : -53,7)
–          Investissements directs à l’étranger : – 37,9
–          Investissements de portefeuille : + 119,9
–          Instruments financiers dérivés : + 34,3
–          Autres investissements : – 92,3
On voit que les situations allemande et française sont très contrastées, avec des soldes en sens contraire en ce qui concerne les marchandises, mais aussi en ce qui concerne les services (solde négatif pour l’Allemagne, positif pour la France). Avec toutefois une ressemblance: l’importance des investissements directs à l’étranger, et l’importance dans la balance courante des revenus correspondants à ces investissements (en 2010: 44,5 milliards d’euros de revenus pour l’Allemagne, 34 milliards d’euros pour la France).

 Le compte de transactions courantes ou balance courante

Le compte de transactions courantes ou balance courante a trois composantes:
–          la balance commerciale (exportations moins importations) des marchandises et des services (transport, assurances, tourisme, gestion);
–          les revenus de placements (intérêts, dividendes…) ;
–          les transferts courants (par exemple ce que les immigrés envoient hors du pays).
L’Allemagne a enregistré un solde commercial positif (pour les marchandises) de 154,5 milliards d’euros en 2010. Mais le solde des services a été négatif de 8 milliards d’euros, tiré vers le bas par le déficit des voyages touristiques à l’étranger.
En 2010, les exportations allemandes de biens et services se sont élevées à 38,4 % du PIB – et même à 47 % en 2008- record à comparer aux pourcentages des autres Etats (France: environ 25 % ; Etats-Unis : 11 %; Japon : 12 %). Elles ont représenté sur l’ensemble de la période 1970-2009 une moyenne annuelle de 26,6 % du PIB allemand d’après les calculs de l’université canadienne de Sherbrooke. L’Allemagne est aujourd’hui le deuxième exportateur mondial après la Chine qui l’a récemment détrônée, mais devant les Etats-Unis dont l’économie est pourtant bien plus grande. L’essentiel de ses excédents commerciaux a pour origine les autres pays membres de la zone euro.
Pour le total du compte de transactions courantes (balance courante), la Bundesbank a enregistré en 2010 un excédent de 141,4 milliards d’euros, soit 5,8 % du PIB, un peu inférieur à l’excédent commercial.

En ce qui concerne la France, la balance des biens et services est devenue déficitaire en 2004. En 2010, les exportations françaises de biens et services se sont élevées à 25,5 % du PIB. Le solde de la balance des biens a été négatif de 53,7 milliards d’euros. Le solde des services a été positif, d’environ 10 milliards d’euros comme en 2009. Au sein des services, l’excédent touristique a diminué (6 milliards en 2010).
D’après les données de l’université canadienne de Sherbrooke, les exportations françaises de biens et services ont représenté sur l’ensemble de la période 1960-2009 une moyenne annuelle de 20,6 % du PIB.
En 2010, la balance courante de la France a été en déficit de 33,7 milliards d’euros, soit 1,7 % du PIB. Dans ce solde, la dégradation des échanges de biens a été en partie compensée par une augmentation des revenus d’investissements. En particulier, l’excédent des revenus d’investissements directs a atteint 34,1 milliards d’euros en 2010, après un palier de l’ordre de 26 milliards entre 2006 et 2009.

Le compte financier

Le compte de capital et le compte financier doivent équilibrer par construction le solde des transactions courantes (balance courante). Le solde du compte de capital est négligeable. Dans le compte financier, beaucoup plus important, on distingue quelques grandes catégories:
–          les investissements directs : ceux qu’une entreprise ou entité résidente d’une économie effectue dans le but d’acquérir un intérêt durable (au moins 10 % du capital) dans une entreprise ou entité non résidente et d’exercer, dans le cadre d’une relation à long terme, une influence significative sur sa gestion. Les investissements directs comprennent non seulement l’opération initiale, mais également toutes les opérations en capital ultérieures;
–          les investissements de portefeuille : achats et ventes de titres (obligations et actions);
–          les « autres investissements » (opérations de prêts et crédits financiers et commerciaux, dépôts bancaires…) et les « produits financiers dérivés ».

 En 2010, les investissements directs allemands à l’étranger (79,2 milliards d’euros) ont été supérieurs de 44,2 milliards d’euros aux investissements directs étrangers en Allemagne (34,8 milliards d’euros).
Les flux d’investissements de portefeuille, dont il résultait une entrée nette de capitaux en 2008 (51,4 milliards d’euros), se sont soldés par des sorties nettes de capitaux en 2009 (82,7 milliards d’euros) et 2010 (124,9 milliards d’euros).
L’agrégat intitulé « autres investissements » a représenté des flux financiers allemands vers l’extérieur de 213 milliards d’euros en 2007, 130 en 2008, 49 en 2009. Il s’agissait pour l’essentiel de flux des banques allemandes vers des banques étrangères, soit filiales, soit banques tierces. Le système bancaire allemand a investi les excédents du pays dans le monde entier, notamment aux Etats-Unis mais surtout dans l’Union européenne. Les systèmes bancaires dans lesquels ces investissements ont été faits sont souvent très fragiles (notamment au sud de la zone euro), car ils ont acquis des actifs majoritairement auprès de débiteurs surendettés : titres de dette publique de leur Etat et investissements dans le secteur immobilier. Il apparaît, in fine, que les excédents de la balance courante allemande ont servi à acquérir des actifs d’une valeur souvent problématique.
En 2010, le solde des « autres investissements » s’est inversé (entrée nette de capital d’un montant de 57 milliards d’euros), et ce sont les « investissements de portefeuille » qui ont pris le relais comme moyen de recycler vers l’extérieur les excédents commerciaux allemands.

S’agissant de la France, en 2010, les investissements directs à l’étranger (63,5 milliards d’euros, dont 62 % vers l’Union européenne et 10 % vers les Etats-Unis), ont excédé comme les années précédentes les investissements directs étrangers en France (25,6 milliards d’euros).
Depuis 2005, le solde annuel global des transactions courantes et des investissements directs est négatif. Ce déficit est financé principalement par des entrées de capitaux au titre des investissements de portefeuille et/ou des opérations de prêts-emprunts, ce qui se traduit par un endettement des résidents vis-à-vis des non résidents, ou par une réduction des avoirs à l’étranger. Les entrées de capitaux résultent de l’endettement du secteur public (souscriptions de titres publics par des non-résidents) et du secteur bancaire (IFM: institutions financières monétaires). En 2010, le solde négatif des transactions courantes et les sorties nettes de capitaux au titre des investissements directs ont été financés par un endettement extérieur net des IFM (122,6 milliards, instruments financiers dérivés inclus) et des administrations publiques (APU : 43,5 milliards), tandis que les autres secteurs ont augmenté de nouveau leurs avoirs et créances sur l’extérieur, ce qui correspond à des sorties de capitaux.

A propos du poste « autres investissements » relatifs aux banques, quelques données sont présentées en note 4 sur les besoins en fonds propres des systèmes bancaires européens.

 (A suivre)

Dominique Thiébaut Lemaire

Note 1
Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, article dans le journal Le Monde du 12 avril 2011.
Note 2
Philippe Askenazy ; voir la note 1 ci-dessus
Paul Seabright, école d’économie de Toulouse, Le Monde Economie, mardi 13 décembre 2011
Note 3
Claire Gatinois et Frédéric Lemaître : « Et si l’Allemagne n’était pas si exemplaire… », Le Monde du 19 novembre 2011
Note 4
L’Autorité Bancaire Européenne (EBA en anglais) a publié le 8 décembre 2011 son estimation révisée des besoins en fonds propres de banques européennes : 114,7 milliards d’euros, dont 30 pour la Grèce, 26,1 pour l’Espagne, 15,4 pour l’Italie, 13,1 pour l’Allemagne, 7,3 pour la France, 6,95 pour le Portugal, 6,3 pour la Belgique, 3,9 pour l’Autriche, 3,5 pour Chypre.

Emmanuel Carrère: Limonov (prix Renaudot 2011) Auteur: Martine Delrue

 

Limonov  d’Emmanuel Carrère  – P.O.L., 489 pages

Emmanuel Carrère aime raconter des vies,  imaginer comment ça fonctionne chez ceux qui sont différents de lui. Pour écrire des romans, parfois il choisit des mythomanes (L’Adversaire, 2000),  parfois des  hommes de bien (D’autres vies que la mienne, 2009, qui a pour point de départ le tsunami de 2004 et un juge des commissions de surendettement). Cette année, voici une biographie d’un homme réel, avec faits politiques et noms réels. L’histoire vraie d’un homme sulfureux.  Et raconter la vie de Limonov, Russe né en 1943, écrivain, aventurier punk, homme politique qui se voit en leader de l’opposition à Poutine, c’est raconter une vie hautement romanesque.

Cet objet d’étude suscite l‘étonnement à tout le moins, peut-être pour certains une  fascination.  Alors l’auteur égrène les grains de son chapelet : l’histoire russe de 1943  à 2009 est déroulée en petits chapitres d’une dizaine de pages, qui évoquent  l’enfance, les choix, les moments forts de la vie de son héros.  Ce mousquetaire autoproclamé, voulant réunir tout à la fois la culture d’Aramis, le dynamisme de Porthos et le courage de  d’Artagnan, lui plaît. Surtout qu’il s’agit  d’une époque troublée depuis 89, putsch manqué, révolution,  Serbie, oligarques, années Poutine ; mais  on peut regretter que pour ce  survol Carrère adopte, à la façon de son héros, un  style journalistique et racoleur, des termes  crus ou voyous.

Il dévide sa litanie de formules choc,  rehaussée d’oxymores : « notre barbare, notre voyou – nous l’adorions / national- bolchévique  ou  écrivain–star/  Carlos ou Jean Moulin (rien de moins !) /    Walesa ou Bayrou  / poète maudit–outlaw / Lucien de Rubempré – clochard à New-York / rock star- petit Raskolnikov / enfant perdu (à la Prévert) – quasi criminel de guerre/ magnifique et monstrueux – agitateur ultranationaliste ». Nous sommes secoués et perplexes.

Mais Emmanuel Carrère aime aussi à parler de lui et s’introduit dans le texte, à la première personne. Il l’avait déjà fait dans  son autre Roman russe (2007) pour dire qu’il n’avait quasiment rien à dire et qu’il  cherchait son sujet. Ici il l’a trouvé. Il se démarque de  sa mère, l’historienne spécialiste de la Russie, Hélène Carrère d’Encausse, en se plaçant comme biographe héroï-comique, qui rend visite au grand homme, et qui le regarde vivre.  Derrière les parallèles à la Plutarque, entre Limonov et Sakharov, se profilent d’autres parallèles. On se croise, on s’examine, on se jauge.  

Limonov est peut-être un  poète – homme politique (emprisonné pour ses prises de position) digne de devenir personnage de roman, mais certainement pas une personne intéressante, plutôt même assez dégoûtante. Nabokov s’intéressait aux papillons. Emmanuel Carrère enfant sage descendant de « Russes blancs » s’encanaille et rêve aux voyous. Il continue ainsi sa réflexion à la fois compréhensive et distanciée sur les personnages ambigus, dont faisait partie son grand-père maternel, proallemand tué à la Libération, dont il parle dans Un roman russe.

 

                                                          Martine Delrue